Les voyageurs en confinement : Delphine en Erasmus à Milan

Au début, je pensais faire un article général pour vous expliquer comment les voyageurs étaient affectés par la crise d’où ils se trouvaient. En discutant avec des personnes en Chine, en Italie, en Équateur, en Nouvelle-Zélande ou encore à Bali, je me suis rendu compte que la situation ne pouvait pas se résumer à un seul article. Vous avez des choses à dire et vous avez besoin de place pour vous exprimer. Alors, je vous laisse cet espace de parole pour retracer ce moment important dans votre vie. Si vous vous trouvez en Belgique ou en France, vous serez certainement surpris de voir la situation depuis l’étranger. Dans certains pays, c’est la catastrophe ; dans d’autres, la vie continue son cours.

 

Dois-je vraiment faire un disclaimer pour dire que le but de ces articles n’est pas de juger la façon dont les différents pays ont géré la crise ? J’ai simplement envie de comprendre la situation avec d’autres yeux que les miens.

Delphine, en Erasmus à Milan

 

Aujourd’hui, j’interviewe Delphine, qui était en Eramsus à Milan et qui a vécu le début de la crise. Elle explique l’incertitude dans laquelle elle se trouvait au début de la crise, la flexibilité italienne à son point culminant, mais aussi l’incompréhension et la consternation de son université belge.

– Où étais-tu quand la crise a commencé en Italie ?

Mon Erasmus a commencé le 3 janvier. J’étais partie à Milan pour mon échange universitaire. Je devais rester là-bas quelques mois, mais je suis finalement rentrée en Belgique le 26 février, quelques jours après le début de la panique. Quand tout a ‘explosé’, j’étais en voyage à Venise avec des copines.

 

C’était un samedi. Le premier cas de Corona venait d’être recensé à Codognè, mais on ne se rendait pas compte de l’ampleur de la situation. Dans le bus vers Venise, on en avait même un peu plaisanté, en disant que d’ici un mois, ce serait la quarantaine à Milan. Si on avait su…

 

On a passé une super journée. Venise était remplie de monde. On s’amusait et on profitait de notre séjour.

 

Le lendemain, on a commencé à entendre parler de la propagation du virus. Il y avait les premiers cas à Venise même. On ne savait pas quoi faire, parce qu’il y avait toujours autant de monde dans les rues. La vie semblait continuer son cours. Je voulais rentrer et ne prendre aucun risque, mais mes amies voulaient rester. Finalement, on a pris le train plus tôt que prévu pour rentrer sur Milan.

Dans le train, un message passait sur le coronavirus. Il n’était pas traduit. Que se passait-il ?

 

– Comment s’est passé ton retour à Milan ?

À Milan, les métros étaient presque déserts. En ville, il y avait d’un côté les petits comiques, surtout des ados, qui faisaient exprès de tousser ; et d’un autre côté, il y avait des gens qui se protégeaient de la tête aux pieds. On ne savait pas quoi penser.

 

On s’est dit qu’on allait rentrer, chacune dans notre appartement et attendre. Deux de mes amies ont paniqué et sont rentrées en Allemagne le soir même. Dans notre groupe Erasmus, les ¾ pleuraient et ne savaient pas quoi faire. Au final, la plupart d’entre eux sont partis dans les deux jours qui ont suivi.

 

J’étais toujours à Milan avec quelques amies. Je voulais rentrer, mais les prix des billets sont montés à 300 euros pour un aller simple.

 

Le lundi, j’ai appelé mon papa et mon université pour savoir quoi faire. Mon université m’a dit que si je rentrais et que je ne savais pas repartir, je devrais assumer de rater mes examens et ne pas avoir mon diplôme.

 

Le lendemain, le mardi soir, ils m’ont rappelée en me disant que je pouvais rentrer si je le voulais. Le service de mon université a été top. Ils étaient réactifs et répondaient directement à mes questions.

 

Je suis rentrée mercredi soir.

– Comment as-tu été prise en charge à ton retour en Belgique ?

 

Je suis rentrée mercredi soir. Pas de contrôle à Zaventem. Je me suis retrouvée dans la foule, puis direct chez moi.

 

J’ai paniqué.

 

Le lendemain, j’ai appelé mon médecin pour faire des tests. Il n’était au courant de rien. Il ne savait pas quoi faire et m’a juste dit de rester à la maison.

 

Mon université m’a envoyé un mail en me disant qu’ils comptaient sur moi pour avoir fait tous les tests médicaux nécessaires.

 

J’ai culpabilisé.

 

J’ai fait tout ce que j’ai pu, mais j’étais dans le flou sur ce que je pouvais et devais faire.

 

Le service santé de mon université m’a dit cette semaine-là que je pouvais rentrer et agir comme d’habitude. Pas de quarantaine, pas de stress.

 

Mais je n’étais pas bien. J’ai annulé mon repas avec ma grand-mère et je suis restée un maximum dans ma chambre.

 

 – Et maintenant, comment ça se passe pour toi ?

Maintenant, je suis en Belgique avec ma famille et mes copains. Je suis en examens et en confinement.

 

Je vois la situation en Italie se détériorer. Là-bas, les gens n’ont pas vu l’ampleur de la situation. Ils ne respectaient rien et continuaient à sortir et à faire la fête. Et maintenant…c’est la catastrophe.

 

Ici, ça va un peu mieux. En fait, j’ai eu l’impression de rembobiner le temps à J-15 avant l’explosion. Les gens n’étaient pas prêts à une telle crise. Quand j’en vois certains, je me dis que la situation risque de faire mal ici aussi.

 

– Un mot pour conclure ?

C’est la première fois que je mets tout ça par écrit et ça fait un bien fou !

 

Aussi, je trouve ça tellement difficile d’en parler ici en Belgique parce que les gens ne nous prennent pas au sérieux. Je dis « nous » parce que mes amies Allemandes ont le même soucis dans leur pays. Les gens pensent que c’est juste une grippe. Et c’est vrai qu’on n’est pas très bien informés.

 

En fait, le gros problème, c’est de ne pas savoir comment réagir parce qu’on n’est pas face au problème.

 

Je ne sais pas comment est la situation actuelle à Milan, mais je sais qu’ici, tant que personne dans l’entourage n’est affecté, les gens pensent qu’ils ne risquent rien.

 

Faut-il se protéger ou pas ? Se faire la bise ou pas ? Aller faire ses courses avec un masque ou pas ? Côté média, j’ai l’impression qu’ils dramatisent. Et côté population, j’ai l’impression que la plupart des gens continuent à mener leur vie. Et c’est normal, on n’a pas envie de devenir le source des moqueries…

 

Merci Delphine pour ce témoignage.

Où que vous soyez, prenez au sérieux les mesures de sécurité avant qu’il ne soit trop tard.

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